Intervention de M. Ali Benflis devant le Congrès régional du Parti réuni à Blida

Intervention de M. Ali Benflis devant le Congrès régional du Parti réuni à Blida

Blida, le 30 mai 2015

 

Monsieur le président du congrès régional,

Messieurs les membres du bureau du congrès régional ;

Mesdames et Messieurs les délégués ;

Mesdames et Messieurs les militantes et militants de Talaiou El Houriyet ;

Mesdames et Messieurs,

 

Nous voilà parvenus à la dernière étape préparatoire de la tenue du Congrès Constitutif de Talaiou El Houriyet. Et nous voilà réunis dans le cadre du dernier congrès régional auquel a été confié – à l’instar de nos autres congrès régionaux-  la mission de préparer toutes les conditions nécessaires à la bonne tenue du Congrès Constitutif de notre parti.

Vous avez accompli votre devoir dans toute sa plénitude ; vous vous êtes acquittés de votre responsabilité de la meilleure des manières ; et vous avez honoré toutes  vos promesses. Les délais trop courts ne vous ont pas inhibés ; les difficultés qui se sont amoncelées sur votre chemin ne vous ont ni découragé ni affecté votre détermination ; vous n’avez témoigné d’aucun sentiment de crainte ou d’hésitation face aux efforts qui étaient attendus de vous et aux sacrifices que vous avez accepté de consentir.

Nombreux ont été ceux qui doutaient de la capacité de notre famille politique à tenir le Congrès Constitutif de Talaiou El Houriyet dans les délais particulièrement étroits.

Nombreux ont été aussi ceux qui ont parié sur notre échec alors que nous empruntions une voie dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle était jalonnée de bien grands obstacles.

Nombreux ont été, enfin, ceux  qui pensaient que nous nous sommes assignés une tâche trop lourde pour nous et que nous nous acheminions vers l’échec assuré.

A la lumière du jour comme dans l’ombre, individuellement ou collectivement, dans nos villes comme dans nos villages, dans nos cités comme dans nos quartiers, chacune et chacun d’entre vous s’est armé de ses principes, de ses convictions et de ses engagements ; chacune et chacun d’entre vous a pris appui sur son appartenance à notre parti et s’est investi avec foi et résolution dans la diffusion de son message ; et le résultat est que nous sommes au rendez-vous.

Nous n’aurions jamais pu respecter les déla is que nous nous sommes impartis,  nous n’aurions jamais pu être au rendez vous et nous n’aurions jamais pu tenir toutes nos promesses sans votre labeur, sans votre sens du sacrifice exemplaire et sans ce don de soit sont vous avez offert les plus belles images et que vous avez illustré par des témoignages toujours probants.

Et c’est donc, avant tout, à vous les militants et les militantes de notre parti que nous devons cet acquis précieux.

Je m’adresse, également, à tous les coordonateurs des bureaux provisoires de Talaiou El Houriyet là où ils se trouvent pour leur dire qu’ils ont donné un exemple éclatant du militantisme désintéressé et dévoué ; qu’ils ont déjà beaucoup apporté à notre parti et qu’ils ont créé un précédent dans la pratique politique saine, honnête et honorable.

Nous leur sommes tous redevables d’un témoignage de considération et de gratitude qu’ils méritent en tout point.

Je m’adresse, en outre, à nos militantes et à nos militants pour reconnaitre devant eux que sans eux notre parti n’aurait pas vu le jour et son projet politique ne serait pas devenu une réalité.

Talaiou El Houriyet ont été créés à leur demande ; ils sont venus répondre à leur souhait de disposer d’un cadre dans lequel ils partageraient leur amour pour l’Algérie, le service de l’Algérie et le sacrifice pour l’Algérie ; ils sont venus donner corps à leur désir de fonder une formation politique rassembleuse qui leur fournit le moyen de défendre ce dont ils rêvent, ce à quoi ils aspirent et ce en quoi ils croient.

Vous êtes sur le point de fonder cette formation politique dont vous avez longtemps attendu l’arrivée et avec elle les promesses qu’elle porte. Je vous en félicite et je vous rends l’hommage qui vous est dû car vous êtes ceux qui ont fait d’un espoir, une aspiration et d’une ambition autant de réalités.

Je m’adresse, enfin, aux délégués au Congrès Constitutif de Talaiou El Houriyet pour leur dire que vous serez ceux qui insuffleront les premières étincelles de vie dans le corps de notre parti ; que vous serez ceux qui poseront les premières pierres de son édifice ; et que vous serez ceux qui jalonneront la voie  du renouveau qu’il invite notre pays à emprunter.

Ce sont là autant de motifs de fierté pour vous et vous avez toutes les raisons d’être fiers de votre engagement politique et de votre appartenance à la grande famille de Talaiou El Houriyet qui se construit.

Vos mandants de cette région vous ont investi de leur confiance pour porter leur message au Congrès Constitutif. La mission est lourde ; la responsabilité délicate ; et le devoir sensible. Mais je n’ai aucun doute que vous serez à la hauteur de l’enjeu,  que vous vous acquitterez de cette mission, que vous assumerez cette responsabilité et que vous remplirez ce devoir de la plus belle des manières et à la satisfaction de toutes celles et de tous ceux qui vous ont fait confiance.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Talaiou El Houriyat sont en train de venir au jour. Vous avez rejoint leurs rangs par conviction et par engagement ; vous avez accepté d’y militer parce qu’ils incarnent un certain nombre de principes et un système de valeurs que vous partagez et en lesquels vous croyez ; et vous vous y êtes impliqués parce qu’ils portent la bannière de l’espoir, de l’optimisme et de la foi en l’avenir à un moment ou dominent le désespoir,  le pessimisme, la frustration, le sentiment du déclin et la peur de l’avenir inconnu.

Je sais comme vous le savez que la tendance en ces heures sombres est à baisser les bras, à se replier sur soi et à se résigner à la fatalité du sort immérité dont est victime notre pays. Mais vous n’êtes pas de ces hommes et de ces femmes qui baissent les bras, qui se replient sur eux-mêmes et qui se dérobent devant l’adversité.

Vous n’êtes pas de ces femmes et de ces hommes qui fuient l’appel du devoir lorsque sonne son heure ; et vous n’êtes pas de ces femmes et de ces hommes qui hésitent, reculent, calculent ou louvoient lorsque le sens de la responsabilité exige l’implication, la détermination et la clarté de la position de chacun.

Non ! Vous êtes de la trempe de ces femmes et de ces hommes qui savent faire les choix décisifs aux moments décisifs ; qui savent répondre à l’appel du devoir lorsqu’il se fait pressant ;   et qui savent assumer leurs responsabilités  – toutes leurs responsabilités – même les plus lourdes et les plus complexes lorsque l’état de la nation le requiert et que son service l’exige.

Et en ces moments dont chacune et chacun d’entre vous mesure l’exceptionnelle gravité, c’est de cela qu’il s’agit : de choix, de devoir et de responsabilité.

En ralliant Talaiou El Houriyet, chacune et chacun d’entre vous a fait ce choix, a accepté ce devoir et a assumé cette responsabilité.

Talaiou El Houriyet n’est pas qu’un parti venu alourdir ou enjoliver le paysage politique national ; il n’est pas un rassemblement de femmes et d’hommes venus défendre des intérêts catégoriels et étroits ; il n’est pas l’œuvre de femmes et d’hommes motivés seulement par le souci de bâtir ou d’étoffer des carrières politiques ; il n’est pas un cadre politique mis au service de politiciennes ou de politiciens en quête de renommée  mais un parti politique au sens noble et plein du terme mis au service d’un peuple et d’une nation.

Les véritables partis politiques, ceux qui sont utiles, ceux qui servent, ceux qui donnent son sens à la pratique politique et ceux qui réconcilient le politique ou la politique avec sa raison d’être sont précisément les partis qui ne sont pas seulement des instruments entre les mains de femmes et d’hommes qui en font ce qu’ils entendent mais des projets politiques que ces mêmes femmes et ces mêmes hommes sont résolus à servir et qu’ils placent au dessus d’eux-mêmes et au dessus de leur destinées particulières.

Oui, dans les partis politiques véritables, seul compte le projet politique que les militantes et les militants acceptent de porter.

Oui, devant le projet politique, la place et la position des femmes et des hommes deviennent secondaires ;

Oui ! Le succès du projet politique prime sur les réussites individuelles ou sur la somme des réussites personnelles.

J’interviens aujourd’hui à Blida devant le cinquième congrès régional de notre parti. Avant cela, j’ai été associé à l’ouverture des congrès régionaux préparatoires réunis à Oran, à Bechar, à Constantine et à Ouargla. Et dans toutes ces régions de notre grand pays, j’ai pu constater et j’ai pu me convaincre que partout nos militantes et de nos militants sont animés avant tout de la certitude qu’ils sont les porteurs d’un projet politique et qu’ils se mettent à son seul service.

En vérité, la politique et le service d’un projet politique qui est son ultime finalité requièrent le don de soi, le sens des affaires publiques et la disponibilité à ne servir que l’intérêt général. Partout où je les ai rencontrés, nos militantes et nos militants font l’abondante démonstration de ces qualités qui sont attendues de nous tous.

Mon jugement n’est pas un jugement de valeur. Je ne fais pas preuve de partialité affective. Mon jugement  est conforté par des données précises et objectives que je tiens à partager avec vous.

  • Notre parti a entamé le processus de sa création avec 290 membres fondateurs ;
  • Il s’est structuré à l’échelle des 47 wilayas et des 13 circonscriptions que compte la wilaya d’Alger ;
  • Il est présent à travers 537 dairates ;
  • Il est représenté à travers 1250 communes du territoire national ;
  • Nous avons installé une instance préparatoire du congrès constitutif de notre parti composée de 220 membres qui s’est déjà acquittée des missions qui lui ont été confiées dans d’excellentes conditions ;
  • Plus de soixante dix assemblées électives ont été organisées à travers tout le territoire national à l’effet de choisir parmi la large base militante de notre parti, les délégués à son congrès constitutif ;
  • Avec le vôtre, nous avons achevé la tenue de cinq congrès régionaux.

Toutes ces opérations complexes, lorsqu’il s’agit d’une formation politique naissante, se sont déroulées dans des conditions de sérénité, de calme et d’entente exemplaires.

Nous avons su ensemble mettre notre parti à l’abri des querelles d’égo, des conflits de personnes et des rivalités de positionnements. C’est  en cela que réside la preuve la plus solide et le témoignage le plus éloquent quant à la prééminence de notre projet politique commun sur les hommes et les femmes qui le portent avec désintéressement, détermination et conviction. C’est en cela aussi que réside pour Talaiou El Houriyet l’assurance d’un bon départ et d’un avenir prometteur.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes donc porteur d’un projet politique cohérent et global, cela est une première vérité ; par ce projet politique nous entendons nous mettre au service de notre nation et de notre peuple, cela est une deuxième vérité ; et ce projet politique est porté par des femmes et des hommes de principe, de conviction et de courage, et cela est une troisième vérité. Toutes ces conditions sont évidemment nécessaires, mais elles ne sont pas suffisantes. Car pour aider notre pays à relever les défis qui ne se comptent plus et auxquels il est confronté, notre projet politique devra être à la mesure de ces défis. Il doit proposer à notre pays une vision, une ambition et une voie claire et juste à suivre. Il doit convaincre nos concitoyennes et nos concitoyens que leurs attentes et leurs aspirations légitimes sont bien prises en charge.

Dans notre pays, la politique et le politique sont à la quête d’une légitimité et d’une crédibilité que le système politique national a totalement disqualifiées, dont il a aboli la raison d’être et dont il a dénaturé la finalité même.

Je veux dire que notre projet politique devra contribuer à redonner au politique et à la politique la légitimité et la crédibilité sans lesquelles l’action politique perd son sens et sa substance. C’est à notre peuple qu’il appartiendra de juger notre projet politique. Et il doit savoir que nous y disons ce que nous ferons, que nous ferons ce que nous y disons, que nous ne tournerons pas le dos à nos promesses, que nous ne faillirons pas à nos engagements et que nous ne renierons pas la parole donnée.

Dans un peu moins de deux semaines vous participerez au congrès constitutif de Talaiou El Houriyet et vous serez partie prenante dans la définition et dans l’adoption de son projet politique.

Ce projet politique sur lequel vous serez appelés à vous prononcer propose à notre pays une voie de sortie de toutes les impasses politiques, économiques et sociales vers lesquelles il a été conduit. Partout où le désespoir a été semé nous voulons redonner sa place à l’espoir ; partout où le pessimisme et le déclin ont été entretenus, nous voulons imprimer de nouveau une dynamique de l’optimisme et de l’essor ; partout où règnent en maitres le statu quo, l’immobilisme et la régression, nous aiderons à apporter le souffle du progrès et du renouveau. L’état tragique dans lequel se trouve notre pays n’est pas un horizon indépassable ; il n’est pas une fatalité  à laquelle nous devons nous résigner ; il n’est pas un sort injuste que nous devons subir.

Nous offrons à notre peuple d’autres choix ; nous lui proposons une alternative ; nous  lui recommandons une autre voie à suivre. Ces choix, cette alternative  et cette voie portent des noms : la modernisation politique, la rénovation économique et la reforme sociale sous le signe d’une société des libertés.

Ces choix nous les avons faits ensemble; cette alternative nous la proposerons ensemble à notre peuple ; et cette voie nous l’emprunterons ensemble avec lui.

Je rencontre beaucoup et je discute beaucoup. Les derniers congrès régionaux de notre parti auxquels j’ai eu le plaisir et l’honneur d’être associé ont été autant d’occasions pour d’autres rencontres et d’autres discussions.

Lors de ces rencontres et lors de ces discussions, les mêmes questions me sont posées et les mêmes interrogations me sont adressées ; ces questions et interrogations reflètent avec clarté et éloquence le degré d’inquiétude et de préoccupation qui affectent tous les segments de notre société à propos du devenir du pays.

  • L’Algérie est-elle vraiment menacée ?
  • Quelles sont les sources des menaces qui pèsent sur elle et des dangers auxquels elle est exposée ?
  • Y a-t-il une solution et y a-t-il une issue ?
  • Que faire pour hâter la solution et trouver une issue ?

J’ai tenté à chaque fois de répondre à ces questions et à ces interrogations et je souhaite partager avec vous, aujourd’hui, les réponses que j’ai cru devoir leur apporter.

Oui, l’Algérie est en danger. Et ce danger n’est pas une chimère tout comme il n’est pas une vue de l’esprit. Il n’est pas une fable que répéteraient des jaloux ou des envieux.  Ce danger n’est pas non plus l’œuvre factice de semeurs de frustrations et de désespoir ; tout comme il n’est pas le produit d’un alarmisme politicien. En somme, ce danger est une réalité amère ; une situation douloureuse et un fait particulièrement dur à accepter.

Comment le pays ne pourrait-il pas être en danger lorsque le sommet de l’Etat ne guide plus la Nation, que le gouvernement ne gouverne pas et que les institutions ont quasiment cessé de prendre en charge effectivement les affaires de la Nation et la destinée de notre peuple ?

Comment le pays ne pourrait-il pas être en danger alors même que s’accumulent les menaces directes dans notre voisinage immédiat et que l’Etat national est fragilisé dans ses fondements par la vacance du pouvoir et la carence du gouvernement ?

Comment le pays ne pourrait-il pas être en danger alors que le pouvoir est dépourvu de légitimité et de crédibilité ?

Comment le pays ne pourrait-il pas être en danger alors qu’une gouvernance défaillante a manqué de faire bon usage d’une décennie d’opulence financière exceptionnelle pour bâtir une économie nationale puissante et performante ?

Comment le pays ne pourrait-il pas être en danger alors qu’une crise énergétique mondiale lui impose de nombreux défis et que l’économie nationale n’est pas en capacité d’amortir ses chocs ; une économie nationale qui a été installée dans un état de délitement et de précarité, dans une dépendance étouffante et dans une situation dysfonctionnelle qui n’a pu être redressée en dépit de l’abondance sans précédent de disponibilités financières ?

Oui, nos gouvernants ont fait perdre à notre système politique l’occasion d’une modernisation et d’une démocratisation du pouvoir et l’ont, tout au contraire, mené vers le tunnel sombre de la personnalisation du pouvoir qui en a exacerbé le caractère autoritaire et totalitaire.

Oui, nos gouvernants ont fait perdre à notre pays l’occasion de bâtir une économie nationale productive, compétitive et performante et l’ont contenu dans les strictes limites d’un système qui consomme beaucoup et produit peu ; qui favorise l’importation et entrave la production ; qui favorise la course à l’argent facile et décourage les capacités créatrices ; qui alimente la croissance dans le monde par des plans de relance qui sont sans impact significatif sur la croissance intérieure ; qui aggrave la dépendance du pays à l’égard du reste du monde et l’éloigne du compter sur soi par lequel se construisent les Nations avancées.

Oui, nos gouvernants ont fait perdre à notre pays l’occasion de profondes réformes sociales. Avant de pervertir l’économie, la corruption généralisée a perverti la société. L’échelle des valeurs a été inversée et le système des références morales a été faussé. L’enrichissement  facile et indu et l’accès aux sources de la rente sous toutes leurs formes ont pris le pas sur l’effort et le travail.

De même est intervenue la grande rupture entre les gouvernants et les gouvernés alors que disparaissait la relation de confiance devant exister entre eux. La citoyenneté elle-même a été scindée en supra-citoyenneté et en infra-citoyenneté. Les libertés ont été entravées et les droits violés sous leur forme naturelle comme sous leur forme constitutionnelle.

Le système politique national est clairement devenu dans l’incapacité de produire un projet politique rassembleur, de formuler des ambitions attractives et incitatives et d’indiquer des perspectives que tous, main dans la main, nous souhaiterions atteindre. Le système politique national n’est plus guidé que par le souci du maintien du statu quo ; il est devenu ainsi un agent de ce statu quo, un facteur d’immobilisme et un faiseur de stagnation voire de régression.

Notre système politique n’a plus de vision du devenir du pays autre que celle de sa gestion au jour le jour. Il n’a pas d’autre boussole  que celle qui l’oriente vers la préservation, à tout prix, du régime politique en place.

C’est donc à ce système politique national archaïque, à bout de souffle et sans horizons que nous avons à faire. C’est de lui-même et par lui-même que ce système est devenu un frein à la modernité politique, économique et sociale, qu’il dévitalise la société et qu’il condamne le pays tout entier à le suivre sur la voie sans issue dans laquelle il s’est lui-même fourvoyé.

Voilà la situation réelle du pays. Voilà les véritables crises qui l’assaillent désormais de toutes parts.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Les sources de ce mauvais sort qui frappe si injustement notre pays sont nombreuses et les formes de toutes les adversités auxquelles il est confronté sont diverses.

Entre toutes les sources de ce sort injuste et de ces adversités imméritées, s’il me revenait d’en identifier la plus ravageuse, je n’hésiterai pas un seul instant et je désignerais le véritable fléau que constitue la corruption.

Dans la corruption qui a submergé le pays, qui s’y est enracinée et qui a cessé d’être un secret bien gardé ou une honte bien cachée, s’incarnent les plus grands préjudices subis par la Nation et les échecs les plus retentissants du régime politique en place qu’ils soient politiques, économiques ou sociaux.

Avant d’être une prédation économique, une hémorragie dans les précieuses ressources d’un pays et un détournement de ces ressources de leur vocation qui est de créer de la richesse et de satisfaire le droit des citoyens à une vie décente, la corruption est surtout le signe et le symptôme de la déchéance civique et morale des sociétés humaines. Et c’est ce qu’il y a en elle de plus grave, de plus malfaisant, de plus répréhensible et de plus destructeur.

La corruption est la maladie chronique de la Nation.  Un mal qui l’affaiblit, porte atteinte à son image, épuise ses ressources et met à bas toutes ses défenses immunitaires.

La grande criminalité financière règne en maitre dans notre pays. Elle soumet toute l’économie nationale à son emprise tentaculaire. Les affaires ou les dossiers de corruption ont pris des proportions inouïes, jamais vues auparavant et inconnues jusqu’ici.

Toute une décennie durant la corruption s’est étendue, s’est diversifiée et a gagné en complexité sans que son cours devenu irrépressible ne soit contenu. Il faut bien se résigner à admettre qu’elle a bénéficié d’une complaisance et d’une impunité rares. C’est ainsi qu’elle a pu devenir un trait distinctif du paysage économique national.

Les affaires et les dossiers de corruptions se sont accumulés, se sont succédés et se sont ressemblés sans rencontrer aucunement quelque riposte dissuasive que ce soit.

De cet état de fait, il n’y a qu’une conclusion à tirer et une seule lecture à faire : l’Etat a été et demeure faible face à la corruption ; l’économie nationale reste livrée à son entreprise prédatrice ; et la société est sans défenses immunitaires face à sa malfaisance.

La volonté politique -absente ou défaillante- ne s’est pas affirmée avec force et rigueur face à la corruption. Les structures de l’Etat n’ont pas affirmé l’indispensable effectivité face à elle. Et les législations se sont révélées si peu dissuasives à son endroit.

Il est avéré – et en cela tous les avis se rejoignent- que l’expansion de la corruption n’a rencontré de la part du régime politique en place qu’une attitude tout à fait contraire à ce qui en était attendu et un message différent de celui qui était escompté : une attitude complaisante et tolérante et un message d’impunité.

Il ne peut y avoir de langage sérieux à propos de lutte contre la corruption sans que soit véritablement affirmée une volonté politique allant dans ce sens.

Oui ! La lutte contre la corruption exige avant tout une volonté politique sans faille et sans concession. C’est par cette voie que la lutte contre ce fléau pourra gagner en crédibilité et imposer son caractère dissuasif.

L’existence de cette volonté politique est le point de départ de toute entreprise sérieuse visant à combattre effectivement et efficacement  le mal de la corruption et à prémunir notre société contre ses nombreux méfaits. Une fois la volonté politique disponible, il appartiendra alors à des structures et à des instances performantes et dotées de prérogatives rigoureusement identifiées de mener, au nom de la société, le combat contre la corruption. Ces structures et ces instances devront bénéficier de l’apport de toutes les expertises nécessaires, y compris les plus complexes tout comme elles devront reposer sur les compétences humaines requises par la spécificité de la lutte contre ce fléau.

Et par-dessus tout, ces instances et ces structures devront être mises à l’abri des influences et des pressions extérieures qui ont été bien souvent à l’origine de la mise en échec des actions dirigées contre le fléau de la corruption.

Enfin, aucun combat livré à la corruption ne peut être gagné sans une justice indépendante. Une justice qui n’agit qu’en conscience et selon la loi. Une justice qui se considérera partie prenante dans cette œuvre salvatrice et qui en sera l’instrument dissuasif par excellence.

Telles sont, Mesdames et Messieurs les idées, les réflexions et les analyses que j’ai eu le plaisir de partager avec vous aujourd’hui.

Ces idées, ces réflexions et ces analyses m’ont été imposées par l’état peu reluisant et peu rassurant dans lequel se trouve notre pays.

C’est cet état de notre pays qui a généré l’abattement, la frustration et le désespoir ambiants.

Si notre parti a un rôle à tenir, un message à livrer et une finalité à atteindre, ce sont bien ceux de remettre de l’espoir là où domine  le désespoir, de l’optimisme là où prévaut l’abattement et la foi en l’avenir là où s’est imposé l’amertume et la crainte de lendemains peu enchanteurs.

Je vous remercie

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